Tout s’est déversé en moi un beau jour de février 1988. Une vérité sortie par ma petite bouche de fillette de 3 ans ½ : “Quand je serai grande je serai la dame qui fait naître les bébés “
J’ai grandi avec cette image de moi, de mon service au monde, comme un organe en plus qui s’était greffé en moi et grandissait en même temps que moi.
Ça pétillait fort, ça enveloppait tout, ça orientait tout.
Ça a pris son temps, parfois je n’y est plus cru, l’avais-je trop dit au point que maintenant ça ne pétillait plus ? Au point que peut-être je m’étais cristallisé dans cette image ?
Le mental ne fait pas le poids face au cœur. Je peux bien analyser toutes les facettes de cette vérité, elle EST et c’est tout.
Et puis un jour l’image se met en vit. Ne pas y croire, tomber dans le vide. Je me pince.
Dans chacune de ces grandes orchestrations de la vie, je me pince.
La dentelle s’est affinée, «ce sont les femmes qui font naître les bébés », mon corps le sait dans chacune de ces cellules et mon coeur le porte en gravure pour toujours. Comme un bijou d’orfèvre, ma place a pris forme.
Est-ce vraiment moi qui suis si immensément privilégiée ?
Est-ce vraiment moi qui sait être présente ?
Toute la sagesse de cet organe qui vit avec moi pulse et vibre. Il cherche les connexions, les ramifications.
Symbiose immédiate ou tâtonnement, la pulsation guide, ME guide.
Chaque naissance est un Nouvel écosystème à écouter : comment ne pas déranger, ne pas envahir ? Comment devenir un fluide organique ?
Mon coeur et mon mental se chamaillent.
C’est la pulsation qui gagne, toujours.
Ça pétille, ça enveloppe tout, ça oriente tout.
Texte écrit pour la soirée « Naître Humain » pour le 20e anniversaire du Centre Pleine Lune
Dans la palette de mes couleurs de Doula j’ai rencontré la douceur.
Les couleurs de ma personnalité et mes couleurs de Doula sont les mêmes, variable dans leur intensité, et plus ou moins diluée selon ce qui vit ici.
Au cœur de la naissance, il se passe en moi une syntonisation de l’harmonie des couleurs qui me font entrer dans la danse, dans la création de mon accompagnement.
Je ne le sais pas, je ne l’induis pas, je ne le contrôle pas et cela se fait.
Tout part de ce moment de rencontre, lorsque je me présente au cœur de cet écrin, de cette caverne de l’enfantement que la femme que j’accompagne est en train de tisser.
L’espace d’un instant, tous mes sens entrent en reliance pour capter l’essence de ce qui se vit et des besoins qui se présentent. Cet espace qui s’ouvre en moi reste présent tout au long de la naissance.
Quel instant particulier que celui d’arriver dans cette bulle et de poser ses mains pour la 1re fois sur cette femme en pleine ouverture sur tant de plans différents, le corps, le cœur, l’âme …
Ce toucher-là est si timide, si prudent, si vulnérable… il dit : me voici et voici les couleurs que je porte. Je suis là pour toi.
Il est parfois en totale harmonie avec les besoins, parfois à ajuster et parfois loin de la vibration qui se joue ici… je l’accepte, je n’ai pas la vérité, chaque naissance à sa propre vérité.
De l’extérieur je ne peux pas si aisément sentir cette vibration; en 1 minute; tout en moi cherche à se syntoniser avec cette maman et son bébé qui arrive. Grand et bel exercice d’ouverture, d’humilité et de présence.
Mes mains se posent ici, je crée un premier contact plein de bienveillance, qui a envie de dire les mots : présence, sécurité, vulnérabilité, intimité, confiance, accompagnement.
Du bout des doigts, c’est tout un langage non verbal qui chuchote au cœur de cette maman.
C’est magnifique de vivre un moment comme celui-ci. C’est comme dans les rencontres prénatales, cela me demande de plonger au cœur de ma vérité et de mon authenticité.
Dimanche mes mains ont parlé ce langage.. et elles m’ont offert une nouvelle poésie que je n’avais pas encore pleinement rencontrée dans l’accompagnement des naissances : la douceur.
Cette maman, au cœur de son voyage d’ocytocine, dansait si bien avec ses hormones que de l’extérieur je croyais lire une ambivalence de douceur et de puissance intense.
Mais est-ce si ambivalent finalement ? La puissance peut être douce, la douceur peut être puissante… je crois….Dimanche oui.
Quand la vague est venue emportée cette maman au-delà du rivage, mes mains ont senti l’appel de se poser et de soutenir un peu plus fermement, comme les naissances précédentes me l’avaient demandé.
Et c’est là que l’harmonisation s’est fait, en un mot, cette maman au cœur de sa vulnérabilité, a demandé : pas trop fort !
Quelle belle guidance que d’oser me partager cela, quelle belle humilité que d’accueillir que je ne sais pas, en arrivant, ce qu’il faut faire et ce dont elle a besoin.
L’éloge de la douceur venait d’ouvrir sa danse.
Elle et moi, en vibration d’ocytocine partagée, une danse de douceur et de caresse, de présence et de confiance.
Cette présence si douce, si maternante, si pleine d’amour a révélé en moi une couleur de ma palette de ma vie de femme, à ma vie de doula.
Aucune expérience précédente ne m’avait emmené si loin dans cet espace où, même au creux de la tempête, le ralentissement et la douceur sont la réponse. Pas de pression, pas de massage ferme, si peu de moments de force dans mes mains.
Toutes les cellules de mon corps ont compris d’un peu plus près le vortex de l’ocytocine, la plongée dans les hormones et leur magie à enfanter.
C’était si beau à regarder…. Si beau….
La musique de mes doigts, de ma présence, de mes mots a accompagné cette plongée au cœur de l’essentiel.
Tout a été nourri en moi, cette douceur-là m’a emmené dans un espace de prendre soin que j’aime profondément.
De tout mon cœur et de toutes mes cellules, j’ai baigné dans l’amour et la présence pour cette maman et son bébé à venir.
J’ai connecté avec un espace de louve que j’ai tellement vibré lorsque j’avais mes bébés. Cet espace où tout est dit dans la douceur, dans les caresses, dans la présence, dans l’immense reliance et compassion de ce qui se vit, parfois sans le comprendre.
Cette vibration-là est en moi pour toujours, dimanche, elle s’est présentée aussi dans l’accompagnement et chaque enfantement m’offre le cadeau de comprendre toujours plus le sens dans ma vie d’œuvrer au cœur des naissances .
Depuis toute petite nous sommes guidées sur le chemin au cœur de notre Féminité par des figures plus ou moins proches de nous, plus ou moins présentes, plus ou moins à l’aise, plus ou moins authentiques…
Et pourtant la magie opère… nous devenons petite fille, jeune fille, jeune femme, femme, mère parfois, grand-mère peut-être, femme de sagesse un jour.
Autant de lunes qui nous guident et que nous ne contemplons peut-être pas, autant de cycles menstruels que nous subissons peut-être…
Et pourtant le cycle prend vie, nos lunes intérieures sèment la puissance de la vie, le flux de notre sacré prend racine au creux de nos ventres.
Oser…. oser reconnaître la beauté de notre cycle menstruel, oser vibrer la magie de nos 4 phases menstruelles, oser rayonner la puissance de notre essence de Femme !
Dans chacun de nos gestes, dans le plus commun du quotidien nous sommes des déesses, des magiciennes, des sorcières.
Cela a toujours été, depuis la nuit des temps…
Cela n’a pas toujours pu être nommé si aisément, si librement ….
Aujourd’hui osons !
Marchons le chemin, notre chemin, de la couleur qui nous ressemble, extériorisé ou très intérieur, à notre rythme, à notre flux !
C’est ainsi que la vie existe depuis que le monde est monde, je la célèbre !
Je suis porteuse de lune, je suis créatrice de vie, je suis vibration du sacré.